Sommes-nous en danger de mots ?

Les messageries électroniques et les réseaux sociaux, pour qui s’y adonne, ont profondément changé l’enjeu de nos échanges avec autrui. Les relations épistolaires, l’incontournable carte postale aux relents exotiques, toutes ces correspondances papier qui ont fait de la Poste sa raison d’être pendant des lustres, tendent à réduire aujourd’hui significativement son activité de base.

Ainsi donc, nous écrivons moins ! Que nenni !

Si la plume et la bille sont  passées de mode, d’autres moyens d’écriture, plus nombreux, sont désormais disponibles. Au travers de ces outils, essentiellement numériques – messageries, réseaux sociaux – c’est une boulimie expressive qui s’empare de nous et entraîne, commentaires et interpellations, nous faisant rédiger à tout va, sur tous les sujets que l’actualité nous offre en pâture, nous  sommant même de réagir dans l’instant, par crainte d’obsolescence face à la fugacité événementielle.

Si Twitter favorise l’art de la concision, Facebook ne s’embarrasse d’aucune contrainte et l’usager a libre cours pour déverser sans complexes et parfois même sous le sceau de l’anonymat, les pires injures dans un affligeant dénuement intellectuel.

Un constat s’impose : l’invective, l’outrance, l’urgence, prennent le pouvoir sur le temps de la réflexion, la richesse du discours et la pondération. L’extrême pauvreté du vocabulaire, sa violence par l’insolence des mots proférés, réduit à néant toute crédibilité de la pensée. A trop vouloir synthétiser cette agressivité, l’excès fait son lit du message et, plus celui-ci est outrancier, plus il devient populaire, plébéien et moins, paradoxalement, il est utile, enrichissant et constructif.

Etonnamment, nous écrivons plus et cependant, notre langage s’appauvrit par une précipitation échevelée, une instantanéité tyrannique, l’urgence nous fait négliger les principes fondamentaux  qu’exige toute analyse. Il est temps de réagir pour ne pas disparaître de ne plus savoir communiquer !

La langue française est riche de 60.000 mots, pourquoi réduire son usage, comme une mode qui voudrait ne retenir d’une pseudo-modernité qu’elle soit le moteur d’une expression dépourvue de toute nuance ?

Suprême désert qu’offre notre époque pour traduire une émotion, un émoticône remplaçant le mot : là, on atteint l’indigence absolue ! A moins que ce ne soit notre incontrôlable précipitation qui, nous faisant prendre tous les risques, y compris la mort intellectuelle, nous mène vers une régression coupable. Mais alors, que nous reste-t-il de supérieur sur la machine, qui elle, devient de plus en plus intelligente, si nous réduisons notre influence et notre humanité ?

 

Crédit photo : NordWood Themes

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :