Les dangers du tourbillon médiatique

Tel un vol de frelons virevoltant au-dessus de nos têtes enfiévrées, l’actualité ne nous laisse aucun répit pour prendre le temps de l’analyse et de la réflexion. Dans un flot incessant, les nouvelles, souvent contradictoires, s’amoncellent dans nos petites cervelles pressurisées et nous ne savons plus comment donner un avis un tant soit peu construit. Bien qu’une armée d’experts en tout et en rien se bouscule au portillon de débats, éditoriaux et autres interventions publiques, l’idéologie partisane, la duplicité savamment distillée, la démagogie chatoyante, dissolvent toute honnêteté, sincérité ou compétence, qui se seraient incongrûment introduite dans le magma quotidien.

Emportés par vagues successives, nous déambulons allègrement des gilets jaunes au Brexit, de la réforme des retraites à Carlos Ghosn, de #MeeToo aux pédophiles, de l’Iran à la 3e guerre mondiale, d’Erdogan à l’Otan, de l’Otan à Macron, de Macron à la dictature, de la dictature à la répression policière. Le citoyen que nous sommes tous, devient un être perclus de contradictions et d’incertitudes, prêt à se donner au premier venu à qui l’on donne raison pour avoir été le dernier à parler.

Ainsi va l’écume des jours, nourrie d’échos sonores et visuels qui, se superposant les uns les autres jusqu’à former un éphémère château de cartes, ne demande qu’à s’effondrer à la faveur de la dernière brise médiatique venue.

Tout va donc trop vite et cet enivrement collectif perpétuel, perfusé aux vertus de l’immédiateté et de la vénalité, fait de nous des êtres qui n’avons jamais été autant informés et qui cependant, sommes devenus des zombis du monde qui nous accueille.

Heureux donc celui qui, instruit d’autant de contradictions et d’informations parfois mensongères, se construit un avis ferme et définitif. Cette certitude factuelle qu’il est de bon ton d’avoir sous peine de décrochage intellectuel, s’exerce sur tout et en toutes circonstances pour répondre aux canons de la modernité.

Je revendique donc le droit au doute, au refus du despotisme médiatique, à la faiblesse de ne pas avoir d’avis sur tel ou tel sujet, d’être en somme un homme perfectible à défaut d’être parfait.

Face à cette effervescence débitée sous l’emprise de l’urgence, mon libre arbitre se forge dans des dossiers élaborés où le temps accordé a fait son œuvre, où différents points de vue se sont exprimés et que seule la presse écrite sait produire avec la rigueur qu’elle s’impose, hors du tumulte des chaînes d’info, des réseaux sociaux et de ses pseudos directeurs de conscience pétris de certitudes et d’insolences. C’est pourquoi, aujourd’hui comme demain, je me refuse à commenter au pied levé un quelconque avis de circonstance sous peine d’être pris en flagrant délit d’opportunisme.

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