Une guerre totale au Covid-19

En ces jours sombres où la maladie et la mort rodent à nos fenêtres, je ne peux que me souvenir de mon vieux voisin aujourd’hui décédé. Refusant la défaite, il me rappelait régulièrement son engagement dans la résistance et la fierté qu’il en tirait d’un œil de celui qui a fait un mauvais coup. Pétillant de malice il laissait à mon imagination le droit de deviner toute la bravoure de l’homme qu’il fut face à l’occupant et les sbires de Vichy. De cet épisode, il s’enorgueillissait d’avoir été opérationnel du premier au dernier jour de son engagement et pourtant ce n’était pas faute d’avoir vu nombre de ses camarades tomber au combat au nom de la défense d’une liberté dont nous sommes les heureux héritiers aujourd’hui.

C’est pourquoi, du haut de ses quatre-vingt-quatorze printemps, fort de sa légitimité déclarée, il n’hésitait pas à juger, parfois sévèrement, les générations d’après-guerre dont je fais partie et de traiter, moi et mes contemporains, d’enfants gâtés : « Vous qui avez tout, disait-il, vous ne savez pas apprécier à sa juste valeur la paix qui vous entoure depuis soixante dix ans ! »  Alors en écho à ces jours renversants, une de ses réflexions favorites prend aujourd’hui un relief particulier. Dans un élan philosophique de comptoir dois-je dire et d’une manière péremptoire souffrant aucune contradiction alors que nous refaisions le monde, revenait régulièrement soutenue d’un énervement feint, une invective à laquelle il était coutumier et dont, faute de public, j’étais l’unique cible, il me lâchait un définitif : « il vous faudrait une bonne guerre, ça vous ferait les pieds ! » Docile, évitant tout conflit générationnel, j’acceptais la sentence sans mot dire.

Aujourd’hui, au lendemain du discours du président de la République dans lequel celui-ci a martelé  à plusieurs reprises « nous sommes en guerre », je mesure le poids de ce mot.  La guerre que me souhaitait mon voisin est à notre porte. Certes elle arrive d’une étrange manière, mais cette guerre pour aussi insolite qu’elle soit, aura elle aussi ses morts, son anéantissement économique, une seule différence de taille comparée à la guerre militaire, nos infrastructures ne seront pas détruites, mais nous aurons assurément à considérer qu’il y aura désormais : un avant et un après coronavirus !

Alors que nous courrons depuis des décennies derrière des indices de croissance de toutes natures, que l’homme s’essouffle inconsidérément à vouloir tenir ses exigences matérielles comme une figure imposée, voilà que subitement la santé de l’homme revient au centre du jeu comme si depuis quelque temps, il ne s’occupait plus de lui, il se délaissait, pour tout dire : il se laissait aller !

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