Une éphémère parenthèse

Du 17 mars au 11 mai la France sur l’injonction du gouvernement s’est docilement confinée. Durant ces 55 jours, nos villes, nos routes, se sont subitement vidées de leurs effervescences habituelles oubliant comme par miracle les sombres samedis orchestrés par les gilets jaunes et autres « black bocs ». De la violence effrénée, le pays est passé au silence raisonné.

Pendant cette parenthèse, des hommes et des femmes ont touché du bout de leurs neurones libérés d’un quotidien oppressant, combien « la course à l’échalote », la performance économique, la technologie envahissante, altéraient confusément leurs trépidantes vies.

Cette vie sophistiquée qui s’est insidieuse installée depuis les années soixante et qui n’a fait que brouiller notre quotidien,  s’est vue contredite par des évidences qui, jusque-là, nous échappaient. La remise en cause de nos approvisionnements locaux et planétaires, l’approche du travail, l’importance des petits métiers invisibles et indispensables, submergés par un égocentrisme structurel. Enfin, la découverte que la valeur santé devait prendre le pas sur les contingences économiques.

Mordicus, une doxa apparaît même, où demain ne devra plus être comme hier, balayant d’un trait, tant de convictions établies, de règles installées ou d’habitudes chevillées. « Le monde d’après » sera donc différent coûte que coûte pour que cette période si particulière n’ait pas été inutile à subir.

Aujourd’hui, après un déconfinement par étapes, le retour vers la normale libère peu à peu les énergies. Les villes se réaniment tout comme les écoles, les entreprises et la liberté contenue de chacun retrouvent de nouvelles frontières. Et puis soudain, comme au temps du monde d’hier, un événement planétaire foudroie ce quotidien résilient suite à la mort de George Floyd aux Etats-Unis. Des manifestations contre les violences policières et le racisme enflamment le monde, réveillant au passage des causes somnolentes comme en France l’affaire Traoré. Puis la capitale de la moutarde Dijon est le théâtre d’une guérilla urbaine entre communautés avec armes à feu à l’appui et une police embarrassée. Le personnel de santé manifeste mais se laisse naïvement infiltrer par des groupuscules dénaturant leurs revendications par une violence déjà vue dans le monde d’avant. Pendant ce temps, d’immuables opportunistes, profitant des malheurs du monde, avancent sournoisement leurs pions sur le front de l’intemporelle bataille politique.

Que peut-on donc espérer de ce « monde d’après » ? Ce monde dans lequel on veut voir se réveiller des consciences rafraichies et nouvelles, privilégiant notre santé à une omnipotente économie, elle-même aujourd’hui en mauvaise posture. Cependant, n’avons-nous pas plus à craindre à voir plutôt s’enliser toutes ces bonnes intentions dans un sauve-qui-peut où le sacro-saint réalisme laminera les prophéties les plus vertueuses venues d’une lumineuse période qui aura seulement été qu’une éphémère parenthèse ?

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