L’art de l’information tronquée

Dans l’incessant débit de notre quotidien médiatique, l’écume des jours nous bouscule quand elle n’encombre pas notre conscience d’une intrusive boulimie informative à fabriquer des faits où l’artifice concurrence insidieusement la réalité en se prêtant trop facilement à la manipulation. Aujourd’hui, la tyrannie de l’immédiateté se fait le lit bienveillant de l’émotion et de la compassion seraient-elles issues d’une vérité faussée.

Ces tous derniers jours se sont nourris d’une vidéo où l’on voit Farida, infirmière de son état, interpellée manu militari et extraite par des policiers d’un cortège de personnels soignants manifestant dans l’espace public.

La femme,  d’apparence frêle, est vue trainée au sol par les cheveux ou bien par son sac à dos – la vidéo ne permet pas de déterminer – puis agenouillée, les mains dans le dos et menottée pendant qu’elle réclame à plusieurs reprises sa Ventoline au milieu des fumées de grenades lacrymogènes. Face à un tel spectacle, comment demeurer insensible à ce déséquilibre des forces en présence ? D’une part, une femme d’aspect fragile, visiblement en état de faiblesse respiratoire, d’autre part, une force publique toute puissante et peu accommodante, notamment lorsque l’infirmière réclame avec insistance son médicament, l’un des policiers lui répond sèchement : « il fallait y penser plus tôt ! »

On est en droit dans une telle situation de se poser la question : comment en est-on arrivé là ? Si l’on s’en tient à la stricte vidéo diffusée, la « réalité » n’est pas acceptable ! Par contre, si l’on cherche à savoir ce qui s’est passé avant l’interpellation, on comprend mieux la suite. Durant les minutes précédentes, Farida, reconnaissable à sa blouse blanche d’infirmière, lance à plusieurs reprises des projectiles en direction des forces de l’ordre et présente ostensiblement à celles-ci deux doigts d’honneur vengeurs en signe « d’amabilités ». Il aura donc suffit à quelques mains malveillantes  d’occulter la partie de la vidéo provoquant l’intervention des FDO, pour que nous soyons emportés si nous n’y prenons garde, par une émotion et une bienveillance fruit d’une trompeuse manipulation en ne visionnant qu’une partie de la séquence.

Sous-jacent à ce qui précède, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, à qui l’on demandait son point de vue sur cette même affaire, a entamé sa réponse par un questionnement : « je ne saurais expliquer à mes enfants par exemple : est-il normal ou pas de jeter des pierres sur les forces de l’ordre ? » Immédiatement, une vidéo a circulé en isolant ce début de réponse alambiquée et ambiguë qui n’a fait que favoriser une manipulation du message de Sibeth Nddiaye. En fait, en écoutant la suite de sa réponse, la porte-parole du gouvernement se posait la question suivante : si Farida n’était pas poursuivie pour avoir lancé des projectiles sur les forces de l’ordre, comment devrait-elle expliquer à ses enfants qu’il ne faut pas jeter des pierres sur les forces de l’ordre ?

Comme quoi, méfions-nous toujours des apparences, quand elles émeuvent dans les chaumières, elles n’en sont parfois pas moins trompeuses et insidieusement nous manipulent bien plus qu’il n’y paraît.

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