Le poids des mots

La langue française par sa richesse, sa précision, sa musicalité, sa poésie, offre au locuteur le pouvoir de dire ou d’écrire au plus près de sa pensée et de ce qu’il souhaite exprimer ou communiquer.

Le français, dit-on, est la langue de la diplomatie, de nombreux traités internationaux sont rédigés en français, c’est un instrument d’expression construit sur une solide armature grammaticale imposant la rigueur dans l’analyse et la précision dans les termes.

Mais cette richesse du français génère aussi de nombreuses batailles sémantiques sur l’opportunité du choix d’un mot selon, l’idéologie de celui qui en fait usage ou la doxa du moment et les occasions ne manquent pas de nos jours d’identifier derrière un mot un message implicite ne faisant pas toujours consensus. C’est ainsi que dans son récent discours sur le séparatisme islamique, Emmanuel Macron, par l’emploi du mot « séparatisme », a soulevé le risque de la stigmatisation de l’ensemble des musulmans alors qu’il ne s’adressait qu’aux islamistes qui ne veulent pas se conformer aux lois de la République et le manifestent par la violence. On a donc opposé au mot « séparatisme » le mot « laïcité », ce qui ne fait que diluer un mot signifiant dans un marécage consensuel où le mot concurrent fait perdre tout le sens de l’expression originelle.

Encore plus récemment, après l’attaque du commissariat de police de Champigny-sur-Marne, certains ont utilisé le mot « ensauvagement » quand d’autres y voient de « l’insécurité ». C’est faire bien peu de cas d’une guérilla urbaine perpétrée par une quarantaine d’énergumènes avec tirs de mortier à l’appui, certes d’artifice mais tout de même, où l’état de droit n’existe plus, d’autant moins que l’institution qui doit le préserver est elle-même visée dans cette attaque surréaliste. A l’évidence, il y a bien « insécurité » mais le mot est bien trop généraliste pour apprécier l’extrême gravité de l’événement.

Le français donne aussi au locuteur la possibilité de la nuance en dévoyant une réalité. Un fait reconnu de tous, par une contorsion linguistique qui n’évoque pas les faits qu’elle dénonce se sert d’un mot grandiloquent, emphatique et racoleur, pour évoquer un destin. C’est ainsi que le 3e arrondissement de Paris a baptisé un jardin public du nom du colonel de gendarmerie « Arnaud BELTRAME »  « assassiné lors de l’attentat terroriste du 23 mars 2018 à Trèbes (Aude) » « VICTIME DE SON HEROISME ». Comme si un héros était victime de lui-même plutôt que de ses bourreaux !

Le choix des mots a donc bien son importance surtout quand, mal choisis (ou trop bien choisis), ils participent à une stratégie sous-jacente et condamnable.

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