La familia grande: Exorciser le mal par l’écriture

Le livre de Camille Kouchner a et va continuer à provoquer assurément une onde de choc dans le landerneau germanopratin pour laquelle on ne connaît pas encore sa réelle portée dans un climat où la parole se libère et la morale est justicière. Depuis, les démissions fleurissent au fil des jours et en dehors du principal accusé, c’est toute une faune de la gauche intellectuelle parisienne qui est touchée pour avoir était pour le moins complaisante et au pire complice.

« Tout le monde savait ! » lit-on et cependant une omerta a couvert les turpitudes d’un beau-père, par ailleurs homme d’influence et de pouvoir dans un milieu où l’on cultive savamment l’entre-soi. Cette « grande famille », qui allait bien au-delà de la famille elle-même directement concernée par l’inceste, avait bien trop de raisons à s’autoprotéger en sacrifiant la vertu à tout un édifice social fait de cooptations et d’idéologies bien-pensantes donnant d’elle-même au commun des mortels, une image lisse et bienveillante. La propre mère de la victime préférant même, malgré l’horreur des faits, ne pas dérégler ce bel ordonnancement, abandonnant ses propres enfants à leurs douleurs d’adolescents.

Selon un rapport de l’OMS rendu public en 2014, 20% des femmes et 5 à 10% des hommes dans le monde ont subi des violences sexuelles pendant leur enfance. La cellule familiale, quelle que soit son appartenance sociale, en est le lieu privilégié où le secret en est le culte le mieux gardé.

Camille Kouchner en écrivant son livre et en le publiant a donc agi sur deux leviers. D’une part, après s’être appliquée à elle-même un silence de plusieurs années et alors que les faits sont désormais prescrits au regard de la loi, elle a percé l’abcès en évacuant par l’écriture ce lourd secret qu’elle portait seule avec son frère jumeau. Exorcisant ainsi ce mal intérieur tout en partageant des faits que la solitude de l’intime rendait insupportables. D’autre part, en témoignant pour que les victimes d’inceste qui n’ont pas la notoriété ou la capacité de s’exprimer comme Camille Kouchner, se reconnaissent et s’identifient comme si c’était aussi un peu de leur histoire et tentent d’évacuer à leur tour et selon leur personnalité un encombrant fardeau.

A celles et à ceux qui verraient seulement dans la publication de ce livre un énième coup médiatique d’une notoriété en quête de gains et de lumière feront fausse route tout en privilégiant un silence coupable. « La familia grande » est bien plus qu’une simple publication, elle fait œuvre de salubrité publique, quand bien même les effets collatéraux risques d’être dévastateurs.

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