Des terrasses et des hommes

Fallait-il qu’on nous en prive pour qu’elles nous manquent autant et que nos sorties ne deviennent seulement que d’improbables errances sans finalité. Depuis des mois nos terrasses n’étaient plus que de froids espaces minéraux vidés de leur humanité. Le royaume de l’impromptu et de l’éphémère, du rendez-vous galant ou fortuit, de l’expresso sur le pouce, de l’apéro entre amis,  d’un coin de table ou d’une odeur de café, se réduisait en un lieu vacant seulement imprégné d’une douloureuse nostalgie.

Combien dans ce sacro-saint « Art-de-vie-à-la-française », ces terrasses sans âmes ont participé à l’insolente vacuité de nos places, de nos rues, jusqu’aux villages les plus lointains. Comment, pendant ces quelques mois, avons-nous pu nous passer de ce moment si particulier quand le quidam, confortablement installé à la terrasse d’un café et dans un total lâcher prise, comme emporté par un songe, pouvait furtivement observer le passant trottinant comme passe le temps, avec sa nonchalance ou son empressement dans  la singularité de l’instant ?

Alors ce 19 mai 2021 rédempteur s’apparente à une fête nationale de l’art de vivre retrouvé, la naissance d’un nouveau paradigme au cours duquel une respiration trop longtemps contrainte exulte sans modération. Car dans cette étape joyeuse que nous vivons, point de retenue, les terrasses cristallisent, comme jamais elles le furent par le passé, la liberté de vivre, riches qu’elles sont de demeurer un symbolique carrefour de convivialité et d’un fugace bien-être. Aujourd’hui submergées de réservations, elles deviennent pour un temps le théâtre de tous les excès, on y consommera, on y conversera, jusqu’à l’overdose si besoin. Dans cet idyllique moment, il ne faudra pas oublier que nous sommes toujours en convalescence et que le virus nous guette du coin de l’œil, tout en  espérant en même temps que le ciel y mette du sien et ne nous tombe pas sur la tête afin de ne pas trop gâcher notre fragile et puéril bonheur. Mais, n’est-ce pas cela aussi la vie, une indéfinissable légèreté ?

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